L’Andrezel de mon enfance: le témoignage de Bernard
Au-delà des faits et des dates qui marquent l’histoire d’Andrezel, les récits de ses habitants participent pleinement à la mémoire et à l’identité du village. Avec l’aimable autorisation de Bernard, dont les grands-parents y ont vécu, nous publions ce témoignage émouvant qui évoque ses souvenirs andrezéliens du milieu du XXᵉ siècle.
Né il y a plus de 80 ans, Bernard garde une nostalgie profonde pour Andrezel, qu’il a souvent visité enfant.
Ses grands‑parents maternels, « Pépère et Mémère », étaient employés au château d’Andrezel dans les années 1950:

Carte postale du château d’Andrezel
- Jules Cambron, son grand‑père, travaillait comme garde forestier et jardinier.
- Eugénie Toussaint, sa grand‑mère, était domestique.
« Quand je serai grand, j’achèterai le château d’Andrezel »
— Bernard
Ils habitaient dans la maison du garde, une bâtisse devenue aujourd’hui une résidence privée. C’est là que Bernard et sa famille séjournaient lors de leurs visites, dans l’annexe dite « les communs » de la propriété.


Carte postale de la maison du garde à Andrezel et Photographie privée de Jules Cambron et Eugénie Toussaint, dans la cour de la maison du garde (non loin du puits), vers 1950-1953
La famille de Vaucelles, propriétaire du château à cette époque, fut très liée aux Cambron : Arnaud René Marie Joseph Boulard de Vaucelles fut même le parrain d’un cousin de Bernard.
Après la retraite de ses grands‑parents, ils furent logés dans une petite maison située derrière le monument aux morts, habitation devenue depuis un gîte (Gîtes d’Andrezel). Ce lieu, qui fut un foyer pour la famille, évoque aujourd’hui encore de précieux souvenirs.
Bernard se remémore les balades au Bois de Boulay avec son grand‑père, ainsi que les vacances passées dans le jardin, où coulait une petite rivière.
Son grand‑père décéde à Andrezel en 1959, et sa grand‑mère en 1968. Bien des années plus tard, Bernard continue de revenir au village avec son épouse, notamment pour se recueillir sur la tombe de ses ancêtres.
En août 2017, accompagné de son épouse, Bernard se rend au cimetière d’Andrezel afin de se recueillir sur la tombe de ses grands-parents, les époux Cambron.
Au moment de repartir, il s’arrête quelques instants devant le château. Il gare sa voiture le long de l’allée pavée et contemple les lieux, chargés pour lui de tant de souvenirs.
Alors qu’ils observent les bâtiments, un homme s’approche d’eux, visiblement intrigué par leur présence. Avec courtoisie, il leur demande s’ils recherchent quelque chose. Bernard le remercie et lui raconte alors son histoire: son enfance à Andrezel, ses grands-parents, le château et cette petite maison qui occupe une place si particulière dans sa mémoire.
A sa grande surprise, l’homme lui apprend qu’il est le propriétaire de l’ancienne maison du garde, aujourd’hui entièrement restaurée et transformée, ainsi que de la petite maison du coin, elle aussi réhabilitée. Après avoir écouté le récit de Bernard avec attention, il lui déclare:
« Cette histoire va passionner mon épouse. »
Le couple est alors invité à entrer dans l’ancienne maison du garde. Dès qu’il franchit le seuil et découvre la cour, une vive émotion envahit Bernard. Bien sûr, les lieux ont beaucoup changé depuis l’époque de son enfance. Pourtant, certains éléments demeurent inchangés.
Son regard est aussitôt attiré par le vieux puits.
A sa vue, une multitude de souvenirs ressurgit. Il reconnaît immédiatement ce puits. C’est là, dans cette même cour, qu’un cliché a été pris plusieurs décennies auparavant. En un instant, le passé reprend vie.
A l’intérieur de la maison, il fait la connaissance de l’épouse de l’homme. La conversation s’engage naturellement et se prolonge longuement. Bernard raconte l’histoire du château, celle de ses grands-parents, leur vie de gardiens et les nombreux souvenirs attachés à ces lieux. D’une certaine manière, il fait découvrir à ses hôtes une partie de l’histoire de leur propre demeure.
Les souvenirs appellent les souvenirs. Chaque détail retrouvé fait renaître un visage, une anecdote ou une émotion oubliée. Malgré les transformations apportées au fil du temps, l’âme des lieux semble toujours présente.
Lorsqu’il quitte Andrezel ce jour-là, il éprouve un profond sentiment de bonheur. Cette rencontre inattendue lui permet de renouer avec une part précieuse de son passé. Il a le sentiment d’avoir effectué un véritable voyage dans le temps et repart, selon sa propre expression, « rajeuni ».
Quelques jours plus tard, Bernard adresse au couple d’Andrezel un courriel de remerciement. Il y joint plusieurs photographies de ses grands-parents ainsi que d’anciennes cartes postales représentant le château et la maison du garde. Comme il a rédigé un livre consacré à ses souvenirs d’enfance, il leur transmet également un extrait relatant cette période de sa vie.
La femme d’Andrezel lui répond avec beaucoup de chaleur et de gentillesse. Elle le remercie pour ces précieux témoignages et l’invite à ne pas hésiter à s’arrêter chez eux lors d’un prochain passage à Andrezel.
Cette rencontre fortuite demeure l’un de ces moments rares où le hasard semble faire revivre le passé. Grâce à l’accueil bienveillant de ses hôtes, les souvenirs retrouvent leurs lieux d’origine et, pendant quelques heures, le temps paraît suspendre son cours.
Ce témoignage, empreint de nostalgie, illustre combien Andrezel reste gravé dans la mémoire de ceux qui l’ont aimé et fait vivre.
Cet article a été initialement publié en 2021. Une mise à jour a été réalisée en 2026 afin d’enrichir le contenu, de vérifier l’exactitude des informations et d’intégrer les évolutions intervenues depuis sa première publication.
Bernard B.
Né dans les années 1940, Bernard est le généalogiste de sa famille. Par ses travaux et à travers sa passion pour l’audiovisuel, il rédige ses mémoires à l’intention de ses enfants et petits-enfants et réalise des montages vidéographiques. Issu de la lignée des Cambron, il contribue à préserver la mémoire familiale et celle d’Andrezel.

