La légende du petit Védrines d’Andrezel

Dans les années 1910, un jeune garçon vivait au village.
Un enfant comme les autres, à ceci près qu’il nourrissait un rêve unique: voler.

Sa passion était née le jour où le célèbre aviateur Jules Védrines, contraint par une panne, s’était posé dans un champ des environs.
Les habitants s’étaient précipités pour voir la machine et son pilote, et parmi eux, au premier rang, le garçon, les yeux pleins d’émerveillement.

A vrai dire, nul ne sut jamais si c’était réellement Védrines.
Mais en ce temps-là, jusque dans la profonde Brie, tout aviateur ne pouvait être que lui.


Le saut vers le ciel

Quoi qu’il en soit, l’enfant prit une décision:
il construirait son propre aéroplane.

Et c’est ici que l’histoire bascule dans le merveilleux.

Avec des caisses pour fuselage et des portes d’armoire pour ailes, il façonna une machine improbable. Puis, depuis une mansarde, il l’installa, prêt à défier le vide.
Il convoqua même les villageois, incrédules mais curieux.

Sans hésiter, il monta dans son engin…
et se jeta.

Alors, l’incrédulité céda à la stupeur.
Tous levèrent les yeux vers le ciel.

Mais le garçon… avait disparu.

Il avait réussi.
Le village entrait, croyait-on, dans l’histoire naissante de l’aviation.


La vérité des orties

La réalité était tout autre.

Au pied de la maison, dissimulé dans un buisson d’orties, le jeune aviateur gisait, sonné, entouré des débris de son appareil.
Trop occupés à scruter le ciel, les villageois ne le voyaient pas.

Puis soudain, un rire éclata – franc, irrépressible.
Rouge de honte, piqué de toutes parts, le garçon se releva et rentra chez lui.

Mais le surnom était né.
On l’appellerait désormais Védrines.


La version oubliée

La vérité, moins brillante mais plus solide, raconte autre chose.

Le garçon, déjà affublé de ce surnom moqueur, s’était bricolé un jouet ressemblant vaguement à un aéroplane.
Un jour, excédé, son père lança l’engin dans la lucarne d’un grenier à foin.

L’objet resta accroché à une poutre.

Profitant de l’absence paternelle, l’enfant grimpa pour le récupérer…
glissa…
et tomba dans les orties, au milieu des morceaux brisés.

Il s’en tira sans gravité – mais non sans une fessée mémorable, censée lui apprendre à ne pas jouer les filles de l’air.


Naissance d’une légende

On raconta longtemps cette mésaventure:
à la veillée, au coin du feu, ou au zinc des bistrots.

Puis, peu à peu, l’histoire changea.
Elle grandit, se transforma, s’embellit.

Les villages voisins s’en emparèrent, s’en moquèrent, la déformèrent encore, jusqu’à en faire une fable.

Et ainsi, d’un enfant tombé dans des orties,
naquit la légende du petit Védrines d’Andrezel.

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